Jour fébrile

Tu ne savais qu’être toi
Dans ce monde dur comme la pierre
Tu avais connu la faim, la soif, le froid, l’effroi
Tu avais déjà craint pour une vie plus importante que toi
Tu avais peut-être lutté pour donner la vie, dans ta chair et ton esprit

Tu avais enduré la rage
De voir tous ces mirages
Suivis par peur et par mépris
Incompréhension d’autrui

Nos étoiles d’amer
Nos étoiles d’âmes errent
Ô toi qui es venu de la mer
Voyageur perdu dans l’eau
Ô toi qui es venu de la terre
Voyageur repoussé aux frontières
Ô toi qui es mort des feux insensés
Simple passant à la vie volée

Tu voyais la lumière de l’univers
En toi et partout autour
Tu voulais crier sa beauté
Dévoiler ses ombres et ses lumières
Faire primer l’essence de l’être
Ces berceaux de peut-être

Et puis un jour
Tout devint évident
Tu n’étais pas là pour leur montrer
Car on ne peut voir qu’avec le cœur
L’essence de la vie se dévoile
A ceux qui éprouvent l’harmonie
Dans leur chair et leur esprit

Tu étais là pour partager
Leur faire éprouver
Une lame de peur
Une larme de douleur
Une lueur de colère
Un océan d’amour
Un voile de tendresse
Un souffle d’allégresse
Un émotion troublée
Un sentiment retrouvé
Venu du fond des âges

Dévoiler sans outrage
Les feux du partage
Être simplement vivant
Soi et partie de l’univers
Sans prières
Juste un souffle de vie

Le temps suspendu
Est ce que vous en faites
Dans votre chair et votre esprit

Vivre maintenant et ici
Créer et transformer les peut-être
N’oubliez pas qui vous êtes

Lève les yeux
Redresse les épaules
Faim, soif et douleurs
Ont tatoué tes veines
D’ardeurs et de peines.

Pourtant
Tu peux encore sourire
A la vie.
Essaie
Tu verras
Tu peux encore agir
Pour ta vie.
Fais-le.
Tu sauras,
Quoiqu’il advienne,
On n’est libre que de soi.
La liberté ne se donne pas,
Elle se vit.

Quand on poussera les frontières,
Formant des humains des barrières,
Les mensonges commenceront à suinter,
A se révéler au grand jour.

Regarde où sont les vraies frontières.
Pourquoi as-tu peur ?
Ce ne sont que tes frères
Tes sœurs et tes mères
Les amis de tes pères.
Dis-leur.

Ne ferme plus les yeux.
Vois comment tu détournes ton regard
Tant on t’a dit que tu étais impuissant.
Mais qui peut te dicter ce que tu es capable de faire ?
Qui sinon toi, peut agir, pas à pas,
Faire jaillir la vérité
Des monstres d’avidité
Des langues fourbes
Rongées par la haine
Par la peur de l’autre
Des mensonges trempés à l’aune de l’argent
Depuis des siècles embourbés
De leurs soifs de privilèges
Former des hordes stratèges
Briser des vies d’un revers de la main
Comme ils prendraient un verre de vin
Charmer certaines voix
D’un mot englobé appelés médias,
Mais à y regarder de plus près,
Tous ne sont pas sans chaînes.

Défends ceux qui n’écoutent que leur conscience
Et non les marchands d’orviétan
Les allumeurs d’encens au goût amer
Tels des diamants de sang.
Des clichés en veux-tu en voilà,
Fermez les yeux bonnes gens,
N’écoutez ni ne lisez,
Ne nourrissez surtout pas votre esprit critique.

Vous pourriez vous rendre compte
Que l’on vous doit des comptes
Combien il est plus facile
D’avoir des moutons dociles
Suivre les consignes
Quitte à en perdre en marche
Quitte à en laisser en marge
Leur faire croire qu’ils n’ont aucune valeur,
Enfermer les mots, les os, au fond d’un puits,
Leurs corps fourbus des heures rompues
Étourdis de non-dits
Éblouis de trésors hors de portée
Endémiés d’avidité sans but
Anémiés d’émotions
Anesthésiés des sensations de leur propre cœur
Muets à leurs propres frères et sœurs,
Humains sans humanité.

Si nous étions cela,
Si nous croyons cela,
Le monde devient gris,
Sans vie.

Mais vous êtes là,
Debout dans la nuit,
Étoiles frémissantes,
Esprits réveillés,
Peut-être.

Écoutez, le vent peut souffler.
Écoutez, ces voix qui murmurent.

Tu es juste conscient d’être vivant.
Briser n’apporte depuis des millénaires
Que la mort et l’enfer,
Car l’enfer c’est nier
Aux autres leur part d’humanité.

Comment faire tomber les jougs
Que tu as toi-même acceptés ?

Peut-être, ensemble, construire, enfin,
Il est temps,
Forger aujourd’hui,
Cesser d’attendre demain,
Former les couleurs de la vie,
Tous différents mais tous humains,
Tous humains, mais chacun digne de respect,
Debout, ici, là-bas, maintenant.

Humanité se choisit
Un souffle l’emporte
Au loin le vent hulule
Le récit d’un printemps
Fébrile.

(Maïm Garnier, poème forgé du 25.02.2016 au 06.04.2016)

7 Comments

  1. Anonyme

    4.5

  2. Jour fébrile – sansible

    […] Mon site a déménagé. Vous pouvez désormais lire mes articles en intégralité sur Sansible.fr […]

  3. zeb

    C’est très beau ! j’aime particulièrement ces vers : “ces berceaux de peut-être” et “Faim, soif et douleurs ont tatoué tes veines D’ardeurs et de peines” Ces petites perles d’écriture sont très belles

    1. Maïm GARNIER

      Merci beaucoup ! La poésie est un chant, un souffle, une brûlure, une force, un orage, un onguent, et tant encore. C’est un cri de l’intérieur, universel. Du moins, c’est ainsi que je conçois l’écriture de poésie : vivante.
      (PS. je ne comprends pas que ce commentaire se soit perdu dans les limbes de wordpress, mais une réponse tardive vaut parfois mieux que pas de réponse du tout)

  4. Djamel

    Bonsoir Maïm, même si ce poème est long je ne me suis pas lassé…sourire…par ses phases d’alternance d’une description du mal qui nous ronge et d’un espoir à plusieurs facettes qui revient. Jour fébrile mais riche et compensé par le sens direct des mots , bonne soirée

    1. maimg

      Merci Djamel, l’essentiel est qu’il touche juste, et si c’est réussi, j’en suis ravie. Belle soirée, également.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :