Select Page

Philip K Dick, héritage

Philip K Dick, héritage

Vous connaissez le film Blade Runner, un chef d’oeuvre réalisé au cinéma par Ridley Scott, et dont la suite Blade Runner 2049 sort en octobre 2017. Mais connaissez-vous vraiment l’auteur du roman Blade Runner : Philip K Dick ?

Le directeur des relations publiques du festival international de science fiction Philip K Dick m’a sollicitée pour vous faire découvrir leur festival, qui a lieu en octobre chaque année. Voici la retranscription de cette entrevue écrite.

Interview de Daniel Abela, directeur du festival Philip K Dick

Bonjour Daniel Abella. Pouvez-vous vous présenter auprès du public et présenter le festival ?

“Le Philip K. Dick Science Fiction Film Festival a commencé à New York en 2012 en tant que plate-forme pour la promotion des œuvres indépendantes.

Sont présentés au grand public et aux professionnels du cinéma et aux auteurs, des films de science-fiction, horreur, fantastique et au-delà, et, événement européen de cette année, le festival présente un bloc de réalité virtuelle.

Video trailer Blade Runner (Ridley Scott) VO

Nous sommes le festival qui explore vraiment toutes les formes de la narration parce que cet aspect particulier est important pour nos cultures et la société dans son ensemble.

En l’espace de 4 ans, nous sommes devenus incontournables, et sommes aujourd’hui officiellement le premier festival du film de science-fiction de la ville de New York. Nous avons vu une grande quantité de soumissions de films de partout dans le monde et en 2013 a commencé le festival européen. Chaque année, nous avons organisé des événements à Lille et l’an dernier à Łódź, en Pologne. Cette année, nous nous nous implantons également à Cologne, en Allemagne. Nous avons des retours fantastiques à la fois aux Etats-Unis et en Europe.

Comment décririez-vous Philip K. Dick pour ceux qui ne le connaissent pas encore ? Quels sont vos ouvrages préférés ?

“Philip K. Dick est un des écrivains de science-fiction les plus prolifiques de l’époque moderne. Il est plus que des adaptations de son travail, mais l’appréciation de ses idées.

Dans son travail, il a interrogé nos systèmes de croyance et ce que nous avons appris. Il prévoyait une époque où la technologie contrôlerait notre humanité décroissante. C’est un écrivain qui défend vaillamment l’humanité et nous aide à réfléchir à des pistes de résolution pour notre époque.

Ma première exposition à ses textes fut à travers son roman SIVA[i], une histoire fantastique d’un système d’intelligence vaste création d’une simulation de style Matrix et depuis, j’ai dévoré une grande partie de ses écrits. “

matrix-wachowski-science-fiction-film-movie-pill-choice

Matrix (Red and blue pill) by Wachowski

Sans que toutes les réponses soient données, il aide à faire face à l’ambiguïté de ce que nous ne savons pas. Dans les sélections officielles de notre festival, les histoires sont audacieuses et posent des questions que beaucoup de films grand public évitent ou ne poussent pas assez loin. Ils osent évoquer ce que certains jugent inacceptable : cela s’inscrit tout à fait dans les travaux de l’œuvre de Philip K. Dick.

Ayant fondé le festival sur Philip K. Dick, je dois évoquer comment je suis tombé sur lui. En tant que fan de réalisme magique[ii], une littérature associée à l’écrivain Jorge Luis Borges[iii], j’ai lu une citation d’Ursula Le Guin[iv]. Elle a fait référence à Philip K. Dick comme étant notre “Homegrown[v] Borges.” Après avoir lu SIVA, j’ai lu ses autres ouvrages et ai été étonné de son intelligence et sa capacité à soulever des questions et remettre en question notre façon de penser de ce monde.”

Le festival va au-delà de la science-fiction, c’est une étude de ce que nous ne savons pas et il l’illustre très bien.

Video Melancholia (Lars von Trier) pour illustrer le réalisme magique

Que pensez-vous des adaptations cinématographiques grand public et séries des oeuvres de Philip K. Dick et quels sont vos coups de cœur ou adaptations qui vous ont interpellé ?

Les histoires de Philip K. Dick comprennent des personnages ordinaires qui luttent pour comprendre un monde très complexe et troublant. Ses personnages ne possèdent pas toutes les réponses, mais ils tentent de chercher à comprendre.

“Une adaptation dont je suis un fan est le film Radio Free Albemuth, dirigé par John Alan Simon. Ce film a remporté le Prix du Meilleur Long-Métrage de Science-Fiction à notre festival inaugural de New York en 2012 et il est complètement à la hauteur dans sa quête pour montrer qu’il y a plus dans ce monde que ce que vous pensez. “

VALIS / SIVA : film Radio Free Albermuth (John Alan Simon)

Pourquoi le choix s’est-il porté uniquement sur des longs ou courts-métrages indépendants ?

“Dans chaque festival, la gamme comprend des longs et courts métrages. Le cinéma indépendant incite à réfléchir et traite de sujets que d’autres films répugnent à traiter. Ils osent remettre en question notre monde. Le processus créatif est incroyable et nous croyons qu’il n’y a pas de limite pour que notre festival se profile comme un festival majeur sur lequel il faudra compter dans les années à venir.”

Voilà pourquoi honorer l’héritage de Philip K. Dick est si important. Nous œuvrons tous sur cette même mission qui est de ne pas accepter tout à sa valeur nominale.

Quels sont vos court-métrages coup de cœur des éditions précédentes du festival et pourquoi vous ont-ils touché ?

“Quelques-uns de mes films préférés des précédents festivals sont Radio Free Albemuth, Turn On par Mat Owen, Suicide ou Lulu dans un monde fait pour deux par Christian Carroll, Montauk Chronicles par Christopher P. Garetano, El Incidente par Isaac Ezban. Ce sont juste quelques exemples , nous avons la chance de visionner tant de films intéressants. Chaque film que nous ayons projeté est spécial pour le festival. Chacun nous a aidés à relayer le message de l’œuvre de Philip K. Dick, en quelque sorte. “

Video trailer Radio Free Albermuth (John Alan Simon)

 

Pouvez-vous nous raconter une anecdote sur le festival ?

la-strategie-ender_orson_scott_card-editions-jailu

Le premier tome du cycle Ender, de Orson Scott Card (ici chez J’ai Lu, initialement publié par Tor Book

“Un des plus grands partisans du festival était le rédacteur littéraire David Hartwell[vi]. Il était un collègue et ami de Philip K. Dick. Il a travaillé comme rédacteur en chef de Tor Books[vii] et était l’administrateur du Philip K. Dick Award[viii]. Malheureusement, il est décédé le 20 Janvier 2016, quelques jours seulement après notre quatrième festival annuel où il a ouvert l’événemen

t et a servi comme juge. A la nuit d’ouverture, il a mis en relief notre mission de servir de plate-forme pour fournir de grands films indépendants en l’honneur de Philip K. Dick et dit : “Il [Dick] était un homme impressionnant. L’idée d’un festival qui lui est consacré l’aurait étonné “. Nous pensons que David était tout aussi impressionnant et nous sommes honorés d’avoir été en mesure de l’appeler un ami. “

Le thème de cette année, « Qui sommes-nous et avons-nous un avenir ? » est ambitieux, n’est- ce pas la question inhérente à toute œuvre de fiction par extension ? Avant la remise du prix, pouvez-vous nous parler du choix de ce thème ?

“Ce thème fait écho à ce qu’a écrit Philip K. Dick dans ses oeuvres. Il a interrogé sur l’état même de l’humanité et de l’univers. Il n’y a pas une seule réalité ou l’interprétation de la réalité. Il a interrogé sur le changement du temps et que tout ce que nous voyons, savons et comprenons peut ne même pas exister en dehors de notre perception. Ce qui nous est présenté est laissé ouvert à la découverte. Ce thème fait écho à plusieurs de nos films, mais aussi la société en elle-même. “

 

Quels sont les projets annexes ou futurs pour votre festival ?

“Actuellement, nous travaillons sur la cinquième édition de notre festival annuel à New York, qui sera un événement plus grand et plus florissant encore. En outre, nous présentons un événement débat avec l’écrivain de science-fiction cubain Yoss[ix], le 14 Novembre à l’Instituto Cervantes à New York. Le festival est aussi le fer de lance la première édition du Festival du Film de science-fiction de New York pour le lancement en janvier 2017. “

 

 

Si Philip K. Dick avait trouvé le moyen de défier les lois de la nature et se retrouvait à votre festival, quelles seraient ses réactions, selon vous ?

“Nous espérons que Philip K. Dick apprécierait notre festival ou encouragerait son succès. Il verrait que ses idées ont été pleinement utilisées et comprises. Nous voudrions qu’il voie que les films au festival possèdent une connexion cinématographique à ses thèmes et qu’ils sont essentiels à notre existence et le tissu même de la nature. Nous espérons qu’il serait heureux que nous poursuivions son héritage pour cheminer à travers les richesses des films. “

 

Cinéma, la suite de Blade Runner

Comme de fait exprès, l’actualité fait parler de Philip K Dick : quelques nouvelles fraîches en attendant le festival, pour ceux qui peuvent s’y rendre :

Pour coller au sujet, cette semaine nous était annoncé le titre de suite du film Blade Runner, Blade Runner 2049 sortira en octobre 2017. La difficulté d’être à la hauteur du Blade Runner de Ridley Scott et de l’esprit du roman de Philip K Dick mettent la barre plutôt haut. A suivre, donc.

Cependant, après le succès très mérité de Denis Villeneuve avec Arrival (Premier Contact), le public est enthousiaste et attend beaucoup de l’esthétique et de la qualité du scénario, de la bande son et du jeu des acteurs pour Blade Runner 2049.

blade-runner-sean-young-ridley-scott-film-movie-science-fiction-philip-k-dick

Blade Runner, Sean Young dans le film de Ridley Scott, tiré du roman de science-fiction de Philip K Dick

Une série inspirée par Philip K Dick : The Man in the High Castle

Enfin, pour rester dans le thème, la série toute fraîche The Man in the High Castle que je suis en train de voir actuellement… est adaptée de Philip K Dick. Par le producteur exécutif Ridley Scott, The Man in the High Castle est très particulier, avec une intrigue immédiatement captivante, dans une uchronie post Seconde Guerre mondiale. Je ne vous en dis pas plus ici.  😉

Video trailer de la série The Man in the High Castle

Interview originale

Interview écrite, traduite et réalisée par Maïm Garnier, Rédactrice journalisme et Community Manager (et autrice de science fiction) sur demande du responsable communication du festival de science-fiction international Philip K Dick pour Daniel Abela, directeur du festival.

Merci de sa confiance à Jonathan Carsten, Directeur des relations publiques, en lien pour Daniel Abella, Directeur du festival  The Philip K. Dick International Science Fiction Film Festival.

 

Article mis à jour le 30 juillet 2017.

Publication originale de Maïm Garnier, les commentaires et formulations étant apportés pour apporter clarté et lisibilité pour un public curieux mais non spécialiste.

Δ Δ Δ Δ Δ

Pour aller plus loin

Se connecter

Ressources

  1. SIVA est l’acronyme de « Système Intelligent Vivant et Agissant » (en anglais : Vast Active Living Intelligence System). Original title : VALIS.
  2. Réalisme magique: En littérature, on peut aussi faire référence, entre autres, au Roi des aulnes de Michel Tournier, à La Maison aux esprits d’Isabel Allende. Au cinéma, au Labyrinthe de Pan de Guillermo del Toro, Melancholia de Lars von Trier.
  3. Jorge Luis Borges : Auteur argentin de prose et poésie, dont le recueil de nouvelles Fictions (Ficciones)
  4. Ursula K. Le Guin : Autrice américaine de science-fiction et fantasy, notamment de La Main Gauche de la nuit, Le Cycle de Terremer. Le film d’animation japonaisLes Contes de Terremer’, réalisé par Goro Miyazaki, s’inspire des personnages et situations rencontrés dans les 3e et 4e tomes du cycle de Terremer d’Ursula Le Guin.
  5. Equivalent : notre Borges local.
  6. David Hartwell: Américain, rédacteur en chef, critique littéraire et éditeur de science-fiction et de fantasy reconnu, il a travaillé au cours de sa carrière dans de nombreuses maisons d’édition telle que Tor books ou Pocket. Il était un des membres de la direction de World Fantasy Convention, ainsi que l’un des organisateurs du prix Philip K Dick, L’Encyclopédie de la science-fiction le décrit comme « peut-être l’un des plus influents éditeurs de ces quarante dernières années dans le monde de l’édition américaine de science-fiction ». Ses anthologies et son implication dans le monde l’édition lui ont valu des prix Hugo en 2006 à plusieurs reprises ainsi que le World Fantasy Award.
  7. Tor Book: Une des principales Maison d’édition de science-fiction et fantasy américaine, ils ont publié notamment Orson Scott Card, qui reçut les prix Hugo et Nebula deux années consécutives, au titre de son Cycle Ender (le premier tome, best-seller, a été adapté au cinéma : La Stratégie Ender de Gavin Hood avec Asa Butterfield, Ben Kingsley et Harrison Ford en 2013 ), une première dans l’histoire de la science-fiction. Très prolifique, il écrit aussi beaucoup de fantasy.
  8. Philip K Dick Award: prix littéraire américain créé en 1983, décerné par la Philadelphia Science Fiction Society, récompensant des ouvrages de science-fiction publiés directement sous la forme de livres de poche, à l’instar de celles de l’auteur américain éponyme Philip K. Dick.
  9. Yoss, auteur cubain de science fiction, de son vrai nom José Miguel Sánchez, à lire entre autres Interférences (Rivière blanche, 2009, nominé au Grand Prix de l’imaginaire Étonnants Voyageurs 2010, et Sylvie Miller, sa traductrice, a reçu le Prix Jacques Chambon de la traduction pour ce recueil), Planète à louer (Editions Mnemos, 2011). Quelques infos sur Yoss sur le site de l’éditeur Mnemos

Autres Ressources

Actusf, wikipedia, Philip K Dick festivlal, Première, YouTube, sites des auteurs, éditeurs, films, réalisateurs, productions cités dans l’entretien.

 

Si vous avez aimé, n’hésitez pas à partager, et bien entendu à commenter !

About The Author

Maïm GARNIER

Vulgarisatrice des sciences et technologies, Journalisme scientifique, Community Manager, SenseMaker, écrivain (romans du futur, anticipation, science-fiction, fantastique).
Mon challenge : susciter votre curiosité et garder votre regard grand ouvert.

7 Commentaires

    • maimg

      C’est à mon sens un élément essentiel de la science fiction : apporter des angles et des jours différents pour éventuellement permettre de changer de paradigme, ou au moins de progresser pour un mieux. 😉
      Merci pour le commentaire – qui s’était niché dans un espace temps invisible.
      Construire les possibles ! 😉

      Réponse
  1. Christophe

    Et dans les adaptations à venir, il y a la future série Philip K. Dick’s Electric Dreams. Aparemment prévue pour fin 2017. À portée donc d’un glissement de temps sur… terre ^^

    Réponse
    • Maïm GARNIER

      En effet, mais je trouve peu d’articles récents sur Electric Dreams. Même le site de l’IMDb n’est pas très bavard pour une série qui est sensée sortir avant la fin de l’année ^^

      Réponse
      • Christophe

        Entièrement d’accord avec toi d’où mon “apparemment” ;). Par contre on y trouve déjà des titres d’épisodes dont certains correspondent à des nouvelles de Dick et les acteurs qui y joueraient. On va dire que c’est encourageant… pour une réalité encore floue.
        Tiens j’aurais une question… Quelle est le film qui ressemble selon vous le plus à des thématiques Dickiennes ? Le scénario n’ayant pas forcément besoin d’être de Dick à l’origine. J’ai déjà ma réponse mais je ne dis rien pour ne pas influencer.

        Réponse
        • Maïm GARNIER

          Nombreux sont les films de science-fiction qui correspondent, la mode étant souvent aux oeuvres sombres et pessimistes… une sorte de mise en garde qui est trop souvent interprétée comme une prévision, la faute à la réalité qui dépasse largement la fiction pour certains aspects. Minority Report par exemple, est en passe de devenir proche du réel dans certains pays, (je ne parle pas de tous les éléments du film… du moins pas de precogs aux dernières nouvelles 😅) si l’on en croit les recherches et articles de presse.
          À quel film pensez-vous en particulier ?

          Réponse
          • Christophe

            Solaris de Soderbergh. 1) J’adore ce film 2) J’adore la musique de Cliff Martinez et je ne fais pas parti des fous de musiques de film mais surtout 3) il y a les thèmes de la réalité / non réalité – apparences et faux semblants et enfin ce que l’on fait en sachant que… etc… Je reste flou au cas où tu ne l’aurais pas vu. Je ne voudrais pas te spoiler ^^

Trackbacks/Pingbacks

  1. Interview découverte avec le directeur du Festival international de films de science fiction Philip K Dick – sansible - […] L’article intégral est à lire en cliquant sur  Philip K Dick, héritage […]

Leave a reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Pin It on Pinterest

Share This

Partager cet article

Cet article est intéressant ? Partagez-le avec vos contacts et sur les réseaux !